Lettre à une consœur ou à un confrère des années à venir

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Jeudi 30 Juin 2016

Nous sommes en 2036 et vous lisez cette lettre parce que, en ce moment, vous avez la tête remplie de questions. C’est quoi être un travailleur ou une travailleuse des postes aujourd’hui? À quoi bon aller défendre mon avenir sur la ligne de piquetage? Est-ce que ça en vaut la peine? C’est pourtant ce que votre syndicat vous demande de faire.  

Votre travail est déjà suffisamment exigeant sans que vous ayez toujours à vous battre contre l’employeur. Justement, il vient de remettre au syndicat une offre misérable, qui ne fait que semer la division. Elle vous paraît pourtant tentante, si ce n’est que pour acheter un peu de paix, qui ne sera que temporaire, vous le savez. Que ce serait bien si on pouvait mettre tous ses soucis dans un camion qui les emporterait loin, très loin. Mais à vrai dire, il n’y a que deux règles dans le mouvement syndical :

1re règle : Vous n’aurez rien à moins de vous battre pour l’obtenir.  

2e règle : Ce que vous avez, vous le garderez seulement si vous continuez à vous battre.

En 2016, nous avons fait face à la même situation. Et nous avons pris la même décision que vous allez probablement prendre. D’autres travailleurs et travailleuses des postes l’ont fait pour nous bien avant que nous soyons là. Tout comme nous, ils ont choisi de poursuivre la lutte pour obtenir un meilleur contrat de travail, même si, pour parvenir à la victoire, il leur a fallu passer à travers des moments difficiles. Les travailleurs et travailleuses qui nous ont précédés se sont serrés les coudes pour que nous ayons aujourd’hui le genre d’emploi que nous occupons.

En 1918, les travailleurs et travailleuses des postes ont entre autres obtenu une semaine de travail de 44 heures et le paiement des heures supplémentaires.

En 1965, nous avons remporté le droit de grève et la mise sur pied d’une commission d’enquête sur nos conditions de travail. Nous avons aussi commencé à nous battre pour l’égalité des travailleurs et travailleuses à temps partiel.

En 1970, 1974 et 1975, nous avons obtenu des protections contre les effets néfastes de la technologie, et l’égalité salariale pour les codeurs et codeuses.

En 1980 et 1981, parmi les gains réalisés, il y avait la pause-repas payée, des améliorations en matière de santé et de sécurité et le congé de maternité payé. 

En 1987, 1988 et 1991, nous nous sommes battus contre le recours aux briseurs de grève et contre les concessions. Hélas, ce n’était pas la dernière fois que nous aurions à le faire. Nous nous sommes battus contre la fermeture et la privatisation des bureaux de postes et de services en milieu rural.

En 1995, nous avons négocié un fonds de garde d’enfants géré par le syndicat. Vous l’avez peut-être utilisé. Il s’agit d’un soutien précieux pour nos membres, y compris ceux qui ont des enfants ayant des besoins spéciaux.

En 2004, nos consœurs et confrères FFRS sont devenus membres du syndicat. La bataille pour l’équité n’a pas été de tout repos, mais nous l’avons finalement remportée, bien longtemps avant que cette lettre ne tombe entre vos mains. 

En 2011 et 2016, nous nous sommes battus pour préserver un régime de retraite qui permet aux travailleurs et travailleuses de prendre leur retraite sans craindre pour leur avenir, comme celui que vous devez continuer à défendre. Nous nous battus contre des concessions et encore des concessions. Nos patrons voraces ne pouvaient se satisfaire de profits atteignant les millions de dollars.

Puis, en 2016, nous avons refusé de refiler la facture aux générations futures pour tenter de regagner ce que nous avions perdu.

Si nous n’avions pas été forts et solidaires, vous, chère consœur ou cher confrère, vous toucheriez un salaire beaucoup moindre. Il se pourrait même que, en raison des compressions incessantes, votre emploi aurait été réduit à un boulot éreintant et abrutissant, payé au salaire minimum, sans aucune protection en matière de santé et de sécurité. Mais parce que nous nous sommes battus pour vous, vous avez toujours le type d’emploi que tout le monde mérite d’avoir, c’est-à-dire un emploi qui permet d’épargner un peu, de dépenser un peu et de faire vivre une famille.

Peut-être que vous livrez le courrier dans les régions rurales et suburbaines et que vous avez enfin droit à l’égalité des salaires et des avantages sociaux que nous avons exigée pour une unité composée à majorité de femmes. Ou peut-être occupez-vous un emploi de la banque postale ou encore assurez-vous peut-être les importants services pour lesquels nous avons fait campagne et que les gens que vous desservez apprécient réellement. 

Mais d’abord et avant tout, vous êtes une travailleuse ou un travailleur des postes qui peut s’enorgueillir d’une longue tradition de luttes et qui sait que chaque lutte compte pour ceux et celles qui nous suivront. Les travailleurs et travailleuses des postes de 2056 vous en remercieront.

La lutte continue!